Le volume des Stock Tokens de Robinhood, ses jetons numériques liés à des actions américaines, est déjà assez élevé pour atteindre certaines limites de l’exemption de cinq ans accordée par la SEC le 17 septembre 2026, a déclaré Johann Kerbrat, responsable de la branche crypto et internationale de Robinhood, à The Block. Ce signal indique que les plafonds du nouveau régime américain pourraient peser sur l’activité dès les premiers mois du dispositif.
Johann Kerbrat s’exprimait le 2 octobre 2026 lors de la Korea Blockchain Week. Il est senior vice president et general manager de la branche crypto et internationale de Robinhood. « Si vous regardez le volume de nos tokens d’actions, il est déjà assez élevé et atteindra certaines de ses limites », a-t-il déclaré à The Block. Il a aussi reconnu que l’entreprise n’a pas fini d’analyser le texte : « Nous essayons encore de comprendre tous ses paramètres. »
Ces propos ne disent pas que Robinhood a déjà franchi un plafond. Il s’agit d’un risque évoqué par un dirigeant en conférence, pas d’une notification adressée à la SEC. Dans les sources consultées, l’entreprise n’a publié ni le volume exact concerné ni le seuil qui serait proche d’être atteint.
Deux niveaux de plafonds dans l’exemption de la SEC
La tokenisation consiste à représenter un actif financier, ici une action, par un jeton enregistré sur une blockchain. Le 17 septembre 2026, la SEC, le régulateur américain des marchés financiers, a adopté une exemption de cinq ans. Elle permet à certaines plateformes, les Tokenized Securities Venues, de négocier sous conditions des actions du National Market System sous forme tokenisée, sans être enregistrées comme des places boursières. Le dispositif impose aussi des exigences de transparence et des règles opérationnelles.
Les plafonds portent à la fois sur le nombre de titres et sur le volume. Le niveau 1 est limité à 75 symboles, c’est-à-dire 75 titres distincts, et à 0,25 % du volume quotidien moyen d’actions du titre concerné sur le mois précédent, selon la SEC. Le niveau 2 monte à 250 symboles et à 2,5 % de ce même volume, selon The Block.
Les conséquences d’un dépassement sont précisées. Selon Crypto.news, après un premier dépassement du seuil de volume, une nouvelle violation peut entraîner une suspension de trois mois de la négociation du token d’action concerné.
Johann Kerbrat a résumé la contrainte : « Il existe des limites concernant le volume et le type d’actifs que nous pouvons tokeniser. » L’exemption n’est donc pas une autorisation générale de tokeniser toutes les actions américaines. C’est une expérimentation encadrée, dont les limites sont déjà au centre des préoccupations d’un acteur du secteur.
Des Stock Tokens qui ne sont pas des actions
Les Stock Tokens de Robinhood ne s’apparentent pas à une détention directe d’actions. Selon The Block, ils sont émis comme des titres de dette par Robinhood Assets (Jersey) Limited, une entité basée à Jersey, et donnent une exposition économique aux actifs référencés. Ils ne confèrent pas nécessairement les droits légaux ou bénéficiaires attachés aux actions sous-jacentes. Le détenteur d’un tel jeton ne possède donc pas forcément ce que posséderait un actionnaire.
Selon The Block, ces produits sont disponibles dans plus de 120 pays via Robinhood Wallet, mais pas pour les utilisateurs américains. Cette situation éclaire le contexte : les titres actuels de Robinhood reposent sur une structure de dette tokenisée, alors que l’exemption de la SEC encadre la négociation d’actions américaines tokenisées sur des plateformes opérant dans ce cadre.
Pour les lecteurs français, la disponibilité de ces Stock Tokens et leurs conditions d’accès restent à vérifier. Dans les informations consultées, aucun agrément ou enregistrement spécifique de Robinhood ou de ses Stock Tokens auprès de l’AMF n’est confirmé. Rien ne permet non plus de conclure à un statut particulier au titre du règlement européen MiCA, qui ne suffit pas à lui seul à déterminer le régime d’instruments pouvant relever de la réglementation des valeurs mobilières. Aucune conséquence fiscale française spécifique n’est établie à ce stade, le traitement dépendant notamment de la nature juridique du produit.
Reste à savoir si Robinhood confirmera un dépassement effectif auprès de la SEC, et quels volumes précis sont en jeu. L’entreprise, qui étudie encore les paramètres de l’exemption, n’a pas communiqué ces éléments.

